Or de l’Ituri : 800 M$ produits, 559 kg déclarés, selon l’ONU

Or de l’Ituri : 800 M$ produits, 559 kg déclarés, selon l’ONU

Le 12 juillet 2026, le Groupe d’experts des Nations unies chargé d’analyser les ressources minières de la République démocratique du Congo a publié un rapport alarmant sur l’or extrait dans la province de l’Ituri. Selon ce document, un site situé entre les localités de Mabanga et Nizi aurait produit entre trois et huit tonnes d’or sur la période allant de mars 2024 à mars 2026, ce qui représente une valeur estimée entre 300 et 800 millions de dollars.

En revanche, les données officielles déclarées par l’État congolais pour l’ensemble de la province en 2025 n’indiquent que 559 kilogrammes d’or exportés. Cette différence de plusieurs ordres de grandeur met en évidence un « trou noir » dans la chaîne de traçabilité du métal précieux, soulevant des questions cruciales sur la légalité des activités minières, l’évasion fiscale et le financement d’activités illicites.

Le site minier mentionné se trouve dans une zone réputée pour ses ressources géologiques abondantes, mais également pour la présence d’acteurs informels et parfois armés. Les chiffres avancés par le rapport de l’ONU proviennent d’une combinaison d’observations satellitaires, d’enquêtes de terrain et d’analyses de flux financiers. Ils indiquent que la production réelle dépasse largement les quantités déclarées aux autorités douanières congolaises.

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés rencontrées par le gouvernement congolais pour contrôler son secteur minier. Depuis plusieurs années, la RDC lutte contre le trafic illégal d’or, de coltan et d’autres minerais stratégiques, qui alimentent des réseaux criminels transnationaux. Le manque de transparence dans les exportations crée un déficit budgétaire important, alors même que le pays possède l’un des potentiels miniers les plus prometteurs au monde.

Le rapport souligne également que l’écart entre production et déclaration a des répercussions directes sur les communautés locales. En effet, les revenus qui pourraient être réinvestis dans les services publics, les infrastructures ou la santé sont détournés, aggravant la pauvreté et les tensions sociales dans une région déjà fragilisée par des conflits récurrents.

Face à ces constats, les experts de l’ONU recommandent plusieurs mesures : renforcement des capacités de suivi et de contrôle aux frontières, mise en place d’un système de traçabilité basé sur la technologie blockchain, et coopération accrue avec les pays voisins, notamment l’Ouganda, qui constitue un point de transit majeur pour les minerais extraits en Ituri.

Le gouvernement congolais a déjà annoncé, à la suite de la publication du rapport, son intention de réviser les procédures d’enregistrement des exportations minières et de lancer une série d’inspections ciblées dans la province de l’Ituri. Aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué sur les résultats de ces premières actions.

Pour les observateurs internationaux, ce rapport constitue un appel à l’action. La communauté internationale, notamment les organisations financières et les entreprises du secteur extractif, est invitée à soutenir les initiatives de transparence et à veiller à ce que les investissements dans le secteur minier congolais respectent les normes éthiques et environnementales.

En résumé, le contraste entre les 300 à 800 millions de dollars d’or réellement extraits et les 559 kilogrammes déclarés en 2025 révèle une importante perte de ressources pour l’État congolais et un risque accru de financement d’activités illicites. Le suivi de ces chiffres, ainsi que les mesures correctives envisagées, seront déterminants pour l’avenir économique et sécuritaire de la région de l’Ituri.