Deux députées abolitionnistes graciées en Mauritanie

Deux députées abolitionnistes graciées en Mauritanie

Le 9 juillet 2026, le président de la République islamique de Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, a signé une grâce présidentielle qui a abouti à la libération de deux parlementaires reconnues pour leurs positions abolitionnistes. Mariem Cheikh Dieng et Gamou Achour Salem, toutes deux membres de l’Assemblée nationale, ont ainsi été exemptées du reste de leur peine de prison.

Ces deux députées avaient été condamnées en mai 2026 à quatre ans d’incarcération après avoir, sur les réseaux sociaux, exprimé des critiques jugées offensantes à l’égard du président. Les chefs d’accusation portaient notamment sur l’atteinte aux symboles de l’État et à la cohésion nationale, des infractions très sévèrement réprimées dans le cadre de la législation mauritanienne sur la sécurité et l’ordre public.

Leur condamnation avait suscité de vives réactions tant au niveau national qu’international. Plusieurs organisations de défense des droits humains avaient dénoncé ce qu’elles considéraient comme une atteinte à la liberté d’expression et un usage excessif du pouvoir judiciaire à des fins politiques. Les observateurs avaient également rappelé le contexte sensible de la lutte contre l’esclavage et la traite des êtres humains, un sujet où la Mauritanie a longtemps été critiquée.

La grâce présidentielle a été annoncée lors d’une brève allocution du chef de l’État, qui a souligné que « la réconciliation nationale doit primer sur les divisions créées par des affaires judiciaires ». Aucun détail supplémentaire n’a été fourni quant aux conditions de la grâce, qui reste une prérogative exclusive du président selon la Constitution mauritanienne.

Pour Mariem Cheikh Dieng, cette décision représente une seconde chance de poursuivre son engagement politique au sein de l’Assemblée. Elle a déclaré, dans un message publié sur son compte officiel, que « la grâce ne signifie pas la fin du combat pour la justice sociale, mais elle ouvre la porte à une action plus constructive ». Gamou Achour Salem, quant à lui, a exprimé sa gratitude envers le peuple mauritanien et a réaffirmé son attachement aux valeurs d’abolition et de respect des droits humains.

Le contexte de cette grâce s’inscrit dans une période de tensions politiques accrues en Mauritanie. Depuis l’élection du président Ghazouani en 2019, le pays a connu plusieurs épisodes de protestations liées à la gouvernance, à la corruption et aux droits des minorités. La décision de libérer deux députées critiquant ouvertement le pouvoir est perçue par certains analystes comme un geste de désescalade visant à apaiser les critiques internes et à améliorer l’image du pays à l’étranger.

Les organisations de défense des droits humains ont accueilli la grâce avec prudence. Si elles ont salué la sortie de prison des deux femmes, elles ont également rappelé que la véritable mesure de progrès réside dans la réforme du système judiciaire et la garantie d’une liberté d’expression réelle. Le Comité pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie a publié une note indiquant que la grâce ne doit pas masquer les problèmes structurels qui ont conduit à la condamnation initiale.

Sur le plan juridique, la grâce présidentielle ne remet pas en cause la condamnation elle‑même, mais suspend l’exécution de la peine. Ainsi, les dossiers restent inscrits au registre judiciaire, ce qui signifie que toute récidive ou nouvelle infraction pourrait entraîner la réactivation de la peine initiale. Cette spécificité juridique souligne la portée limitée de la mesure, qui ne constitue pas une annulation des faits reprochés.

Dans le même temps, le Parlement mauritanien a débattu d’une proposition de révision du code pénal afin de clarifier les limites de la liberté d’expression, notamment en ce qui concerne les critiques à l’encontre des institutions publiques. Le projet, soutenu par plusieurs groupes parlementaires, vise à prévenir de futurs litiges similaires tout en préservant la cohésion nationale.

Les réactions au sein de la société civile ont été mixtes. Certains citoyens voient dans la grâce un geste humanitaire qui témoigne de la volonté du président de promouvoir la réconciliation. D’autres, plus sceptiques, interprètent cette action comme un moyen de désamorcer la pression internationale sans entreprendre de réformes profondes.

En résumé, le 9 juillet 2026 a marqué un tournant pour Mariem Cheikh Dieng et Gamou Achour Salem, qui ont pu reprendre leurs fonctions parlementaires après une incarcération de plusieurs mois. La grâce présidentielle, bien que symboliquement importante, soulève toujours des questions sur l’équilibre entre sécurité de l’État et libertés individuelles en Mauritanie.

Cette affaire restera probablement un point de référence dans les débats futurs sur la gouvernance, les droits humains et la lutte contre l’esclavage dans le pays. Les observateurs attendent désormais de voir si les institutions mauritaniennes sauront transformer cet épisode en une opportunité de réforme durable.