Assainissement de Kinshasa : communiquer avant de contraindre (par Régis Ngudie Kulondi, communicologue)
Depuis plusieurs mois, l’opération d’assainissement de la ville de Kinshasa s’intensifie. Démolitions des constructions anarchiques, dégagement des emprises publiques, évacuation des marchés pirates, lutte contre les dépotoirs sauvages et restauration de l’ordre urbain : les autorités semblent déterminées à redonner à la capitale congolaise un visage plus digne de son statut.
L’objectif est noble. Personne ne peut raisonnablement défendre l’insalubrité, le désordre urbain ou l’occupation illégale des espaces publics. Kinshasa mérite mieux. Les Kinois méritent un environnement sain, sécurisé et propice au développement. Cependant, une question essentielle demeure : avons-nous suffisamment communiqué avant de passer à l’action ?
La réussite d’une politique publique ne se mesure pas uniquement à sa capacité de sanctionner. Elle se mesure également à sa capacité d’expliquer, de convaincre et d’obtenir l’adhésion des citoyens. C’est là que la communication devient un pilier incontournable de toute réforme.

Dans un État moderne, toute décision affectant la vie des populations doit être précédée d’une campagne d’information claire, accessible et suffisamment étendue. Les citoyens doivent savoir ce qui va changer, pourquoi cela change, à partir de quand cela change et quelles seront les conséquences du non-respect des nouvelles dispositions.
La communication préventive n’est pas une faveur accordée à la population ; elle est une exigence de bonne gouvernance. Elle permet de réduire les incompréhensions, les frustrations et les tensions sociales. Elle favorise également l’appropriation des réformes par les citoyens eux-mêmes.
Il est vrai que le principe juridique affirme que « nul n’est censé ignorer la loi ». Mais ce principe ne peut produire tous ses effets que lorsque l’État s’est assuré que l’information a effectivement circulé. Une population qui découvre une mesure au moment de son application risque davantage de la percevoir comme une contrainte que comme une nécessité collective.
À Kinshasa, où les réalités socio-économiques sont complexes et où une grande partie de la population tire ses revenus du secteur informel, la sensibilisation doit précéder toute opération de grande envergure. Les radios communautaires, les télévisions, les réseaux sociaux, les églises, les écoles, les marchés et les associations locales doivent devenir des relais permanents de cette communication.
L’assainissement ne peut être réduit à une succession d’opérations coup de poing. Il doit s’inscrire dans une stratégie globale de changement des mentalités. Une ville propre n’est pas seulement le résultat de décisions administratives ; elle est avant tout le reflet du comportement de ses habitants.
Les autorités gagneraient ainsi à faire de la communication un outil d’accompagnement permanent de l’opération en cours. Expliquer davantage, dialoguer davantage et sensibiliser davantage permettront non seulement d’éviter certains conflits, mais aussi de renforcer la confiance entre les gouvernants et les gouvernés.
Kinshasa a besoin d’ordre. Kinshasa a besoin de propreté. Kinshasa a besoin d’autorité. Mais Kinshasa a également besoin d’une communication forte, préventive et inclusive. Car lorsqu’une population comprend les raisons d’une décision, elle devient souvent le premier acteur de sa réussite.
L’assainissement de la capitale doit être une œuvre collective. Pour y parvenir, l’information doit précéder l’application, la pédagogie doit accompagner la réforme et la communication doit devenir le premier outil de transformation sociale.
Informer avant de contraindre : voilà la condition d’un assainissement durable et accepté par tous.